La culture de la betterave a un peu plus de deux cents ans. A cette occasion, retraçons l’industrialisation de cette plante, de 1811 à nos jours.

C’est un agronome français, Olivier de Serres, qui découvre en 1575 la forte teneur en sucre de la betterave. En 1747, un chercheur Allemand, Marggraf, confirme cela en démontrant que ses cristaux sucrés sont les mêmes que ceux de la canne à sucre. Le problème est que le développement de cette découverte demanderait une industrialisation coûteuse. Le sucre de canne provient alors à bas prix des Antilles, l’esclavage étant toujours de mise. En 1802, la situation n’est plus la même, la France est en guerre avec l’Angleterre. Napoléon Bonaparte, alors premier consul, va alors signer la paix d’Amiens (illustrée sur le fronton de l’hôtel de ville qui fait face au beffroi). Celle-ci se révèle bien vite inapplicable, les Français et les Anglais ayant beaucoup d’antagonismes à ce moment-là.

L’empereur impose la betterave …

En 1805, Napoléon 1er  vient d’être couronné empereur. Comme à cette époque, il est maître du continent européen, il décide d’empêcher l’approvisionnement des Anglais, pour faire respecter la paix d’Amiens. Ceux-ci répliquent alors par un blocus maritime qui a pour conséquence de barrer la route aux navires provenant d’outre-mer, et en particulier à ceux commerçant le sucre de canne. Cela favorise donc l’industrialisation de la betterave, et c’est en 1811 qu’un industriel Français, Benjamin de Lessert, présente à Napoléon 1er les fameux pains de sucre, reprenant en cela les travaux d’un chimiste Allemand, Franz Karl Achard. L’empereur est très intéressé, et prend bientôt toutes les mesures pour favoriser la culture et la transformation de cette plante nouvelle. Elle demande des terres fertiles comme celles que l’on trouve dans le nord de la France, et plus particulièrement dans le département de la Somme. Ainsi, 7 000 hectares sont semés au cours de cette même année, et bientôt, 51 départements français la cultivent. Elle se développe un peu plus sous le second empire, de 1852 à 1870, de même que les sucreries, Napoléon III étant en effet très attaché au développement de cette industrialisation. Il a écrit notamment un traité sur le sucre lorsqu’il était emprisonné au fort de Ham (pour ses deux tentatives de coup d’état). La culture de la betterave continue à prendre de l’ampleur jusqu’en 1914, où l’on produit grâce à elle, un million de tonnes de sucre.

… qui traverse les guerres

Elle s’arrête subitement avec la première guerre mondiale, surtout quand on commence à creuser les tranchées. Après l’armistice de 1918, l’essentiel de l’industrie du sucre est dévastée. 55 000 hectares de terres de l’ouest du département (le Santerre), sont déclarés en zone rouge, c’est-à-dire que l’on ne pourra plus jamais cultiver, du moins le croit-on. Il y a en effet dans ce périmètre des bombes non explosées en très grande quantité, dont il subsiste encore quelques exemplaires à l’heure actuelle. La presse de l’époque relate: « Le sol est bouleversé sur une grande profondeur. La terre végétale a presque disparu en totalité, laissant à sa place la roche crayeuse du sous-sol sur laquelle rien ne peut pousser à part les coquelicots. Le cours de certaines rivières est modifié, les sources sont taries, les marais sont empoisonnés par les gaz ». Toutefois, à partir de 1919, des restructurations vont s’opérer. Avant-guerre, il y avait en effet quasiment une usine de transformation de betteraves par canton, appelées aussi râperies car on en extrayait ainsi le jus que l’on envoyait après dans les sucreries. Par exemple, un raffineur parisien va fusionner 14 fabriques, dans la région de Ham. Parallèlement à ces restructurations, la confédération générale de la betterave, CGB, voit le jour en 1921. Cette organisation patronale, toujours présente aujourd’hui, a pour but la défense des intérêts de cette industrialisation. En 1927, elle participe à l’élaboration de la confédération internationale de la betterave européenne. Toutefois, la seconde guerre mondiale va tempérer ce bel enthousiasme, mais si le sucre redevient une denrée rare et chère, les plantations sont moins touchés que pendant la guerre de 1914 à 1918. A la libération, l’économie de la betterave redémarre avec la multiplication des organisations professionnelles, le marché commun naissant en 1958, et les progrès de l‘industrialisation. La France devient le premier producteur mondial de sucre de betterave, en passant de trois millions de tonnes en 1970, à plus de quatre millions en 2006. Le Brésil et les pays producteurs de sucre de canne ont une production supérieure à celle de la betterave, mais l’union européenne n’a pas dit son dernier mot en matière de compétitivité.

Aubert Péchon

La situation économique de la betterave

Au niveau français, 400 000 hectares sont dédiés à la culture de la betterave dans 29 départements. 26 000 planteurs (exploitations betteravières), en ont une production de plus de 30 millions de tonnes, ce qui fait de notre pays le premier producteur mondial de sucre de betterave. En plus des quatre millions de tonnes de sucre par an, la France fabrique aussi trois millions d’hectolitres d’alcool alimentaire, et six millions d’hectolitres d’éthanol, ce qui servira pour les agro-carburants. Le chiffre d’affaires de tout cela est de près trois milliards d’euros, et les emplois directs avoisinent les 45 000. Le dynamisme des planteurs a fait que le nombre d’usines de transformation leur appartenant est passé de 15 à 60 % au cours des 20 dernières années. Ceci a été formalisé, entre autres choses, dans le « règlement sucre », en vigueur depuis 2006. Il représente les investissements que la France doit réaliser pour devenir compétitive avec le Brésil, qui totalise environ 80 % de la production mondiale actuellement, avec la canne. Initialement prévu jusqu’en 2014, la filière de la betterave préconise de maintenir le « règlement sucre » jusqu’en 2020. A cette date, il sera temps de reconsidérer les choses en terme de compétitivité, en fonction du contexte international.


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